Actualités

Retour aux actualités

Travail en perte de sens : comment être utile à la société

Travail en perte de sens : comment être utile à la société

À l'heure de la Grande Démission et du "quiet quitting" où l'utile semble avoir pris le dessus, rencontre avec ceux qui repensent le travail pour lui redonner du sens.

Résumé

À l'heure de la Grande Démission et du "quiet quitting" où l'utile semble avoir pris le dessus, rencontre avec ceux qui repensent le travail pour lui redonner du sens.

avec :

Pascal Brice (Président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité), Thomas Coutrot (économiste et statisticien du travail, co-fondateur des Économistes atterrés.).

En savoir plus

L'utile peut se trouver ailleurs qu'au travail. C'est ce dont Guillaume Erner parle avec Brandy Boloko , président de l’association Cité des chances, lauréat du prix Olivier Ferrand pour l’innovation démocratique et sociale. Et Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, diplomate de formation.

Comment joindre le sens à l'utile au travail, Guillaume Erner reçoit Thomas Coutrot, statisticien et économiste, chef du département Conditions de travail et santé de la Dares de 2003 à 2022 et Coralie Perez, socioéconomiste, ingénieure de recherche à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, coauteurs de “Redonner du sens au travail, une aspiration révolutionnaire” (La République des idées, Seuil).

Davantage intégrer les jeunes dans le processus citoyen

Pour Brandy Boloko, "on n’a pas la même égalité des chances devant la chose publique et la chose politique" et c'est ce qui a motivé la création de son association La Cité des Chances dont il est à la tête aujourd’hui, qui pousse à l'engagement citoyen, notamment des lycéennes et lycéens, dans les quartiers populaires.

"On va dans les lycées et on fait un parcours citoyen avec un travail sur l’éloquence, des simulations parlementaires où les élèves jouent les rôles de députés, de sénateurs, de journalistes, de lobbyistes, d’associatifs...", précise le récipiendaire du prix Olivier Ferrand pour l’innovation démocratique et sociale.

La première fonction des associations à visée sociale, et notamment celles coordonnées par Pascal Brice sous la houlette de la Fédération des Acteurs de la Solidarité qu’il dirige, est de "donner une bouffée d’oxygène dans un moment où le pays étouffe, étouffe des fragmentations et du conformisme".

Reconnaître le travail social et bénévole à sa juste valeur

Pour l’ancien directeur de l’Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA), "le travail social, (…), l’innovation sociale, c’est aussi et surtout un métier, et l’Etat commet une folie de ne pas le reconnaître, le valoriser, mais aussi le rémunérer à sa juste place".

Concrètement, Brandy Boloko souhaite que l’Etat procède à un choc de simplification, que Pascal Brice appelle également de ses vœux, notamment en permettant à chaque lycée d’ouvrir ses portes aux associations sociales et citoyennes sans l’agrément systématique de l’Education nationale.

Pour les deux acteurs de la vie associative et sociale, il est aussi nécessaire de réfléchir à un nouveau système, à une forme de rétribution du travail bénévole. "Faut-il que l’Etat français aide financièrement les familles qui accueillent des Ukrainiens ?" questionne notamment Pascal Brice, diplomate de formation, pour donner un exemple.

Repenser le sens du travail face à "l’explosion des risques psychosociaux"

Dans la deuxième partie de l’émission, le constat général de Coralie Pérez est que "les politiques parlent peu du travail au profit de l’emploi, alors qu’il faut envisager le travail comme une manière de transformer l’individu". Pour Thomas Coutrot, la France garde, et au sein de l’échiquier politique d'autant plus, une "vision punitive du travail alors qu’on peut contester la façon dont il est aujourd’hui organisé" dans notre société. Actuellement, on observe le phénomène de "la grande démission en France : le taux de départ volontaire est historiquement élevé - 3% par trimestre – mais toutefois pas record."

Pour Coralie Pérez, cette vague de démission touche le privé et le public, en particulier les enseignants ou les soignants. "Une étude montrait que ceux qui font la démarche active de changer de travail trouvaient, en majorité, dans leur nouvel emploi, des conditions de travail qu’elles jugent meilleures" ajoute l’ingénieure de recherche à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le développement d’"un taylorisme digital" a entraîné "une explosion des risques psychosociaux" selon elle, et il faut aujourd'hui "repenser les organisations du travail dans l’industrie mais aussi dans les services publics, à l’hôpital où les soignants sont accablés par tout un travail bureaucratique qui mange l’activité de soins", complète-t-elle.

Une proposition de mesure concrète

Thomas Coutrot explique que les causes de démission ont évolué : "les conditions de travail jouent un rôle beaucoup plus importantCe qui est vraiment en crise aujourd’hui, c’est ce qu’on peut appeler le 'management par les chiffres'" ajoute l'ex-chef du département "Conditions de travail et santé" de la Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES) de 2003 à 2022.

Les deux auteurs formulent dans leur ouvrage une proposition concrète que Thomas Coutrot porte de sa voix ce matin : "Il semble important de repenser les objectifs mêmes de la réduction du temps de travail. Nous proposons donc une réduction du temps de travail 'subordonné' : un temps de délibération sur le travail payé par l’employeur afin de penser et appliquer des améliorations organisationnelles." Cela permettrait, après avoir parlé des métiers essentiels pendant la crise du Covid 19, "d’alléger les professions sous tension, de rendre une partie de leur autonomie aux salariés victimes de la politique des chiffres", enfin de penser le travail plus largement que "par le prisme de sa valeur économique" conclut-il.