Écologie et précarité : deux combats indissociables
L'urgence écologique et l'urgence sociale sont trop souvent traitées comme deux sujets séparés, presque concurrents. Pourtant, dans l'entreprise comme dans la société, elles sont profondément liées. À l'occasion de la journée mondiale sans sacs plastiques, IES vous propose de regarder cette question en face : peut-on demander à des salariés en difficulté financière de "consommer responsable" sans d'abord s'assurer qu'ils ont les moyens de choisir ?
Consommer responsable : un privilège avant d'être un choix
Acheter en vrac, privilégier les circuits courts, opter pour des produits durables plutôt que jetables : ces gestes, souvent présentés comme "à la portée de tous", supposent en réalité des conditions matérielles précises.
- Un budget suffisant pour absorber le surcoût initial d'un produit durable
- Du temps pour comparer, organiser, anticiper ses achats
- Une stabilité mentale pour se projeter au-delà de l'urgence immédiate
Pour un salarié qui doit arbitrer chaque semaine entre une facture d'énergie et les courses, qui gère un découvert récurrent ou qui vit sous la pression d'une situation financière instable, ces conditions ne sont pas réunies. La question n'est alors plus "quel produit choisir" mais "comment tenir jusqu'à la fin du mois".
Cela ne signifie pas que ces salariés se désintéressent de l'écologie, bien au contraire, les études montrent que les préoccupations environnementales sont largement partagées, toutes catégories sociales confondues. Cela signifie que la marge de manœuvre pour agir dépend directement de la stabilité économique et psychologique de la personne.
La précarité, un facteur invisible dans l'entreprise
En entreprise, la précarité ne se voit pas toujours. Un salarié peut être en difficulté sans que cela transparaisse dans son comportement professionnel, ou, à l'inverse, cela peut se traduire par de l'absentéisme, une baisse de concentration, du repli sur soi, ou un stress chronique qui affecte durablement la santé.
Les causes sont multiples : accident de la vie, séparation, maladie, surendettement, hausse du coût de la vie, charge de famille... Ce qui est certain, c'est que ces difficultés ont un impact direct sur :
- la santé physique et mentale du salarié
- sa capacité de concentration et de projection
- son engagement au travail
- et, plus largement, sa capacité à s'investir dans des démarches qui dépassent l'urgence du quotidien — y compris les démarches environnementales de l'entreprise
Le rôle clé de l'assistante sociale du travail
C'est précisément là qu'intervient l'accompagnement social en entreprise. Le rôle de l'assistante sociale du travail ne se limite pas à la gestion de crises ponctuelles : il s'agit d'un accompagnement global, confidentiel et personnalisé, qui agit sur plusieurs leviers.
Sur le plan budgétaire, l'assistante sociale peut :
- Aider à faire un point complet sur la situation financière du salarié (revenus, charges, dettes)
- Orienter vers les aides existantes, souvent méconnues ou sous-utilisées (aides au logement, aides à l'énergie, prestations CAF, aides de l'entreprise ou du CSE…)
- Prévenir le surendettement en intervenant en amont, dès les premiers signaux de fragilité
Sur le plan psychologique et social, elle apporte :
- Une écoute neutre et confidentielle, hors de la hiérarchie
- Un accompagnement dans les démarches administratives souvent anxiogènes
- Un soutien dans les moments de rupture (santé, famille, logement)
- Une orientation vers les bons interlocuteurs (médecin du travail, organismes sociaux, associations)
Cet accompagnement a un effet direct : il redonne au salarié des marges de choix. Un salarié qui n'est plus dans l'urgence permanente retrouve la capacité de se projeter, dans sa vie personnelle, mais aussi dans les projets collectifs de son entreprise, y compris ceux liés à la transition écologique.
Une entreprise responsable est une entreprise qui articule les deux enjeux
Intégrer une dimension sociale forte à sa politique RSE n'est pas une option accessoire : c'est une condition de cohérence. Une entreprise qui multiplie les engagements environnementaux tout en laissant ses salariés seuls face à des difficultés financières envoie un message contradictoire.
À l'inverse, une entreprise qui investit dans l'accompagnement social de ses équipes :
- Favorise la stabilité et la santé de ses salariés
- Réduit l'absentéisme et le turnover liés aux situations de fragilité
- Crée les conditions pour un engagement réel
L'écologie ne se joue pas dans un monde à part, déconnecté des réalités économiques. Elle avance avec les personnes, dans leur diversité de situations. Accompagner socialement les salariés, c'est donc aussi, indirectement mais très concrètement,investir dans la capacité collective à relever les défis environnementaux de demain.
Chez IES, nos équipes d'assistantes sociales du travail interviennent au quotidien auprès des salariés de nos entreprises adhérentes pour les accompagner sur ces sujets de budget, de précarité et de bien-être global. Un accompagnement discret, professionnel, et déterminant pour la stabilité individuelle et collective.